Chapitre 1
La Naissance
La Naissance
Ce jour là... ou plutôt, cette nuit là, je pensais qu'elle serait comme toutes les autres. J'avais repéré ma proie et je la suivais dans les rues sombres de ma ténébreuse ville. Elle savait que je la suivais, et elle commençait à paniquer. Je me délectais déjà de sa peur, tremblant d'excitation en pensant à son visage déformer par la terreur et la douleur. Je jubilais intérieurement tout en la suivant silencieusement, tel une ombre. Je l'obligeais à prendre le chemin que je désirais, trop noyée dans sa frayeur pour s'apercevoir qu'elle tombait dans mon piège. Elle arriva finalement dans un cul de sac, comme prévu. Je ne pu retenir le sourire qui se dessinait sur mon visage. Comme cela devait la terroriser, mes trais masqués par la pénombre, la laissant juste voir ma bouche fendue. Je pouvais percevoir sa respiration saccadée, elle reculait contre le mur, entre deux poubelles. Nous tremblions, elle de peur et moi de joie. Elle était mignonne la petite, peut-être que je la dégusterais... un peu plus longtemps. Elle commença à me supplier (inutilement) tandis que je me rapprochais. J'aimais tellement ressentir la peur de mes victimes, je prenais tout mon temps pour m'approcher d'elle, me délectant de sa peur et de sa voie tremblotante. Soudain, ses yeux qui exprimaient une frayeur infinis s'illuminèrent d'espoir en regardant quelque chose derrière moi. Je tournais la tête légèrement pour écouter seulement, ne voulant pas perdre de vu ma petite chose effrayée. Quelqu'un venait d'entrer dans la ruelle où je me trouvais, et approchait lentement. Ma proie commença à appeler cette personne à l'aide, la suppliant de la débarrasser de moi. L'homme arriva à ma hauteur, il regardait droit devant lui. Il ne regardait même pas la fille qui rampait vers lui. Soudain, les gros titres de la presse locale me revinrent en mémoire. Il m'arrivait parfois de devoir partager une proie avec un « collègue de travail ». Je passais en premier bien sur, puis je lui laissais... « Le reste ». Mais je ne partais pas, et je ne les regardais pas non plus. Pendant que mon « collègue » était occupé, je prévenais discrètement les flics qui faisaient des rondes régulièrement. Bien sur, mes collègues finissaient toujours par tuer ma proie, alors je ne me m'inquiétais pas des témoignages qui pourraient m'inculper. Mais depuis quelque temps, mes collègues étaient retrouvés morts, vidés de leur sang, par les poulets. La presse n'arrêtait pas d'en faire couler de l'encre. Moi bien sur ça m'arrangeait encore plus. L'homme ne tourna même pas la tête vers moi pour me parler :
« - Cela fait un moment que je t'observe Sven. »
Je ne répondis pas, je réfléchissais. Qui pouvait bien être ce mec ? Je passais en revue toute les personnes qui avaient une dette envers moi. Soudain, la réalité me frappa de plein fouet. C'était moi que cet homme voulait, mais jusqu'à présent il arrivait trop tard. Comme la situation était ironique. J'étais la proie maintenant, et j'avais été chassé sans que je m'en rende compte. Ma proie se déplaçait en longeant les murs elle passa à notre hauteur et fila en courant, ce qui m'irrita profondément :
« - Tu m'as fait manquer mon divertissement... » Dis-je d'une voie sombre « J'espère pour toi que c'est pour une bonne raison.»
Etonnement, je n'avais pas peur. Nous étions cote à cote et nous regardions devant nous, moi les mains dans les poches, lui les mains à l'intérieur de ses manches. Il portait un très long manteau noir, il avait un chapeau haut de forme sur le crane. Malgré la pénombre, je constatais qu'il avait les cheveux longs.
« - La petite souris a du aller chercher les flics... je ne compte pas croupir ici. »
Avant que je ne puisse esquisser le moindre mouvement pour me retourner et partir, il était devant moi, penché à mon oreille. Je pouvais sentir une lame effilée sur ma gorge, surement un couteau.
« -Ce ne sera pas nécessaire » dit-il d'une voie douce et calme.
Il m'attrapa alors à la gorge et me souleva dans les airs. Il s'accroupit légèrement et sauta. Je vis le mur de l'usine défiler vers le bas à vive allure. Le mec mis un pied sur le toit et avança de quelque pas sans pour autant me lâcher. Je commençais à manquer d'air, sa prise sur mon cou m'étouffant. Il approcha son visage du mien, je vis ces yeux, ils étaient violets. Il me sourit, et je pu admirer une dentition pour le moins inquiétante. Cet homme possédait deux canines d'une longueur anormale. Je pensais alors que ce mec devait être un malade échappé de je ne sais trop quel asile dans lequel ils font des expériences étranges. Perdu dans mes pensées, je ne vis pas qu'il penchait ma tête sur le coté :
«- Cela fait longtemps que je cherchais un sang comme le tiens. Je vais me régaler. »
C'est alors que je sentis une vive douleur dans mon cou. J'essayais de me débattre mais je perdais mes forces. Le décor commença à tourner tandis que la douleur ne cessait d'augmenter. Je grognais avant de laisser échapper un long cri d'agonie. Je commençais à perdre connaissance, quand je heurtais le sol. J'étais trop faible pour bouger, et je souffrais trop pour parler. J'entendis l'homme me dire:
« - Voila qui n'ai que justement payé pour tout ce que tu as fait, Sven. J'espère que ta nouvelle vie te plaira »
Il partit alors dans un long rire lugubre, mais je perdais conscience avant il ne s'arrête.
Je fis d'étranges rêves que je ne comprenais pas. Des flaches d'images défilaient devant mes yeux. Des gens, des lieux, des voix. Tout m'était inconnu. J'ouvris brusquement les yeux, j'étais en sueur, et je respirais vite. J'étais dans une cave à première vue. Je regardais attentivement autour de moi. Je ne reconnaissais pas les lieux. Qu'avais-je fait avant d'aller m'endormir dans ce trou à rat ? Je ne me souvenais plus. J'avais juste des brides de rêves qui me revenaient mais je ne leur trouvais aucun sens. Je me levais doucement. Ma gorge était sèche comme du papier. Je mourrais de soif, je me dirigeais vers l'escalier quand je m'aperçus qu'il faisait totalement sombre. En effet, je n'y avais pas prêté attention mais il n'y avait aucune ouverture qui permettrait à la lumière de pénétrer dans cette cave. Pourtant je voyais très bien, comme en plein jour. Je commençais à vraiment me poser des questions. Mais j'avais bien trop soif pour m'en poser d'avantage. Je gravis les marches de pierres et m'arrêtais devant une porte. J'entrouvris doucement la porte. J'étais dans un couloir. Il n'y avait rien aux murs, aucune tapisserie n'y aucun tableau. J'avançais lentement quand j'entendis un bruit assourdissant. Je me prenais la tête entre les mains essayant de me boucher les oreilles. Mais j'entendais comme si mes mains se trouvaient le long de mon corps. Je tombais à genoux étourdis par la douleur que le bruit me faisait. Parmi tous ces bruits infernaux, je distinguais un cri, proche, très proche. Je relevais brusquement la tête. Une femme se tenait au bout du couloir, figée dans un masque de terreur, une louche à la main. Ma gorge s'incendia totalement. Je pouvais entendre le bruit du cœur de cette femme battre comme si j'avais la tête posée sur son sein. J'entendais le reflux de son sang dans ses veines. Et par-dessus tout, je le voyais circuler à travers sa peau. Cette fois, j'avais vraiment peur. Que m'arrivait-il ? Je me mis debout et courus jusqu'à elle. Elle recula, terrorisée, et j'en profitais pour me diriger vers une porte qui me semblait être une sortie vers l'extérieur. J'ouvris la porte à la volée et sortis sur le pallier. Je me figeais, totalement désemparé. J'étais dans une rue, jusque là rien d'anormal. Cette rue était éclairée par des lampadaires, mais, chose étrange, je ne distinguais pas le vacillement de la flamme. Je baissais la tête et regardais une étrange boite avec des roues. Je me retournais pour voir d'où je sortais exactement. Je fis face à une étrange demeure.
Complètement décontenancé, j'avançais dans la rue, regardant ce qui m'entourait. L'air était chargé d'une odeur étrange, que je ne reconnaissais pas. J'avançais le long de cette rue. Il y avait plein de boite à roues. Elle était les unes derrières les autres. Je passais devant la vitrine d'un magasin et m'arrêtais devant un étrange phénomène. Une dizaine de boites étaient empilées les unes sur les autres, dans ces boites, il y avait un homme qui parlait d'un accident de voiture désastreux. Je regardais les images défiler dans ces petites boites, lorsque je vis les voitures en question. Je me retournais vivement en constatant que les boites avec des roues qui étaient les une derrière les autres étaient des voitures. Je me retournais de nouveau vers les boites à images, quand j'aperçus la date du jour en haut à gauche. Je restais incrédule et tétanisé. Nous étions le 18 décembre 2009 ! Comment je pouvais me retrouver en 2009 ! Je ne pouvais même pas vivre aussi longtemps ! J'étais né en 1681 ! Et nous étions en 1701 la dernière fois que... j'étais réveillé. 328... comment je pouvais avoir un tel âge ? C'était tout simplement grotesque. J'entendis quelqu'un rire, je me retournais vivement vers la provenance du son. Une jeune femme, à la silhouette effilée et à la démarche féline avançais vers moi :
« - Et bien mon mignon, on dirait que tu sais plus où tu en es. »
Sa voix était douce et calme, une vraie invitation. Elle souriait, elle avait des canines anormalement longues. Soudain tout le revint. Je revis cet homme me prendre par la gorge et me soulever d'un seul bras avant de sauter jusqu'au toit de l'usine et... et de me mordre ? Visiblement, mes interrogations semblaient beaucoup amuser la jeune femme. Je la regardais d'un œil mauvais. Elle soutint mon regard sans la moindre peur.
« - C'est ton premier réveil on dirait. »
Je pouvais sentir une pointe d'amusement dans sa voix, ce qui m'horripilait. Elle était en train de ce foutre de moi et ça ne me plaisais pas. Un grognement monta de ma gorge. La jeune femme leva un sourcil mais ne bougea pas pour autant. Je fus tout surpris du son de ma propre voix. Elle était grave et profonde. Mais ce qui m'étonnait le plus c'est que je grognais comme un chien qui s'appétait à mordre. La femme leva les mains en souriant :
« - hola, tout doux mon chéri, je ne vais pas te mordre. » Cela sembla énormément l'amuser, mais je ne me joignis pas à son rire. Je n'avais pas saisie l'humour de la situation sans doute. « On ne se mord pas entre vampire. »
J'écarquillais les yeux, et ma bouche s'entrouvrit. Elle se payait vraiment ma tête. Elle n'avait pas peur la petite demoiselle. Elle s'avait pas qui j'étais, sinon elle aurait décampé plus vite que son ombre. Je l'imaginais déjà, gémissant, me suppliant de lui laisser la vie sauve. La soif me pris à la gorge, comme un incendie, la douleur étant insoutenable. Je pris ma gorge à deux mains, cherchant des yeux un baril d'eau. La femme perçu mon geste, et rit de plus belle :
« - Tu as soif chéri, continue tout droit et prend la deuxième rue à droite, y'a une boite de nuit. Tu pourras manger, mais soit discret. »
Je ne comprenais absolument rien de ce qu'elle me disait. C'est quoi une boite de nuit ? Une boite avec de la nuit dedans ? Non impossible. Quoique, ils arrivaient bien à faire rentrer un homme dans une petite boite. Un homme tout petit d'ailleurs. Et c'était le même homme dans chacune des boites. Je me retournais de nouveau vers l'empilement de boites. Il y avait des centaines de personnes maintenant. Je n'en croyais pas mes yeux. Ils étaient tous serrer les uns contre mes autres et se bousculaient pour être le plus prés possible de la petite vitre, comme si ils voulaient tous sortir en même temps. En dessous, défilaient les mots « manifestation contre les suppressions d'emplois ». J'entendis la femme me demander alors :
« - T'as quel âge mon chéri ? »
« -20 ans » répondis-je instantanément.
Elle pouffa de rire derrière sa main. Elle commençait vraiment à me taper sur le système celle-là.
« - Je te parle pas de cet âge là chéri, t'es né en quelle année ?
- 1681 »répondis-je. « Et mes derniers souvenirs remontent à 1701.
- Et c'est ton premier réveille ? Eh ben mon pauvre gars, t'en à loupé des choses. »
Elle s'approcha de moi, je grognais à nouveau, mais elle m'ignora et me pris la main avant de m'entrainer rapidement avec elle. Le paysage défilait tellement vite qu'il ne se réduisait plus qu'à des taches de couleurs indistinctes. Je me demandais de quelle sorcellerie il s'agissait, quand elle s'arrêta devant une maison. Elle entra et s'enfonça dans un couloir sombre. Je l'entendis, alors qu'à cette distance c'était impossible, m'inviter à entrer à mon tour. J'obtempérais, plus par curiosité qu'autre chose. Je suivis le chemin qu'elle avait pris et la trouvait assise devant une boite lumineuse qui ressemblait étrangement à celle du magasin. Elle ne me prêta aucune attention, elle tapait sur un rectangle avec une vitesse vertigineuse. Une quantité d'images impressionnante défilaient dans la boite. Soudain elle s'arrêta et me regarda :
« - Ca c'est un ordinateur, il est relié à internet. Je t'ai fais une petite recherche sur les 300 dernières années. Tu devrais les lire attentivement avant de faire quoi que ce soit. »
Elle se leva de son siège avec une grâce féline, et m'invita à prendre sa place. Les images et les textes continuaient de défiler à l'écran. Je les regardais avec attention. Malgré leur enchainement bien trop rapide pour l'œil humain, je parvenais à tout lire et tout voir. En une demi-heure à peine, j'avais pris connaissance de tout ce que j'avais manqué. Mais une vérité c'était révélée à moi. J'étais un vampire, j'avais plus de 300 ans et j'avais soif. Sachant maintenant me servir d'un ordinateur, je faisais une recherche sur le net. Je tapais les mots clé « vampire » et « nourriture ». Une multitude de sites envahirent l'écran. Tous étaient formels, un vampire se nourrissait de sang humain. Je déglutis devant ce fait. Je me levais et allait m'allonger sur le canapé du salon. Je commençais alors à réfléchir. Cela faisait plus de 300 ans que je dormais, en 300 ans tous les crimes et les viols que j'avais commis étaient oubliés de tous. De plus j'étais maintenant une créature de la nuit digne des légendes. Et les humains ne croyaient pas aux légendes. Je me souvins alors des derniers mots que j'avais entendus, « Voila qui n'ai que justement payé pour tout ce que tu as fait, Sven. J'espère que ta nouvelle vie te plaira ». En effet, je commençais une nouvelle vie. Ou plutôt une nouvelle non-vie. La jeune femme était revenue. Je la sentais, elle mais aussi une autre odeur, une odeur qui me brula vivement la gorge. Je grognais de nouveau, plus contre elle, mais contre la douleur qui me ravageait. Elle entra dans la pièce. Ses déplacements, ses pas, rien n'émettaient le moindre son. Elle se pencha sur moi et sourit. Elle avait encore du sang plein la bouche. Je ne pu me contenir, elle aurait pu largement m'éviter ou même me contrer, mais elle ne sembla pas le vouloir. Elle me laissa lui sauter dessus et la plaquer au sol. J'étais sur elle, je respirais et salivais comme un chien enragé. Je m'emparais brutalement de ses lèvres pour y lécher les restes de sang qu'il y avait. Elle me rendit mon baiser, bien que ce n'en fut pas un. L'excitation sexuelle aurai du me gagner, mais j'avais trop soif, beaucoup trop. Je la regardais droit dans les yeux :
« -Donne moi du sang, j'en veux encore ! » J'avais presque crié ces mots. Elle sembla déçue mais pointa du doigt la table de la cuisine. Il y avait des poches de sang. Au moins une dizaine. Je me précipitais vers mon repas. Je pris une poche de sang et essaya de l'ouvrir. Elle me résistait, et j'avais tellement faim. La jeune femme se trouva tout d'un coup à mes cotés, elle prit elle aussi une poche de sang. Je grognais en montrant les dents, elle me répondit par un autre grognement et je compris que c'était ça nourriture et qu'elle partageait simplement avec moi. Elle mordit dans le sac de sang et je pu sentir la douce odeur du sang envahir mes sens. Je fis de même, je mordis dans ma propre poche de sang. Le liquide pourpre s'écoula dans ma gorge, je me délectais de son gout. L'incendie dans ma gorge ne s'éteignait pas cependant. J'avais vidé trois poches déjà. Je regardais la femme, l'interrogeant du regard, lui demandant silencieusement si elle m'autorisait à m'accorder une autre poche de sang. Elle me sourit, voyant ainsi son approbation, je me saisis d'une nouvelle poche et bu allégrement. Je vidais poche après poche. Finalement au bout de douze, je fus rassasié. La femme sirotait tranquillement la dernière poche. Elle ne m'avait pas quitté des yeux une seule fois, me souriant inlassablement. Je la regardais, plongeant mes yeux dans les siens. Ils étaient bleus, d'un bleu profond, un bleu nuit. Je baissais les yeux en guise de soumission :
« - Je vous remercie d'avoir apporté de la nourriture pour moi.
- Je n'allais pas te laisser mourir de faim. » Elle souriait toujours. Je me demandais pourquoi elle me souriait ainsi. Etait-ce le premier jeune vampire qu'elle voyait ? J'allais lui poser la question mais elle me devança et prit la parole :
« - Je m'appel Calimna, j'ai 878 ans. » Plus rien ne m'étonnais à présent. Elle avait 878 ans, mais l'apparence d'une jeune femme de 25 ans. Je détaillais un peu plus sa silhouette. Elle était fine et élancée. Elle avait toujours une démarche gracieuse, sa voix était toujours calme et douce. J'appréciais sa compagnie. Je lui souris et lui répondis :
- Je m'appel Sven. Et... dans mon autre vie, si je puis dire ainsi, j'étais violeur et assassin. Dis-je en pensant lui faire peur. Mais non, elle leva délicatement un sourcil :
- c'est donc pour ça... Dit-elle d'une voix lourde de supposition.
- C'est donc ça quoi ? Lui demandais-je, alors qu'elle me souriait de nouveau.
- Certaines choses ne sont pas dites dans les légendes que tu as pu consulter sur internet tout à l'heure. Tout comme d'autre sont fausses. Par exemple, il est dit nulle part que le premier né d'un vampire héritera de la couleur d'yeux de son maître. Tout comme nous sommes insensible à l'ail et à l'argent.
Je la regardais, mon visage que je pouvais contempler dans le reflet de ses yeux, exprimait clairement la surprise. J'avais les yeux violets maintenant. Et visiblement, les vampires aux yeux violets ne devaient pas courir les rues. Calimna s'amusait de mon étonnement, ses yeux pétillant de joie. Visiblement elle prenait du plaisir à m'en apprendre plus sur moi-même.
- Ton maître, ou celui qui t'as mordus et t'as fait devenir un vampire, est un très vieux vampire. Il est très connus, craint, et respecter parmi les clans. On raconte qu'il n'a infanté qu'une seule fois. Il voulait que son infant soit parfait. On raconte aussi, qu'il à un gout prononcer pour le sang des personnes mauvaises. Des personnes qui commettent des crimes gratuitement, justes pour le plaisir. Tu ne devais pas être un saint.
En effet je ne l'avais pas été. Mais je me posais énormément de question sur ce que j'étais maintenant. Une me chagrinait plus que les autres. Peut-être que cette question lui paraitrait idiote mais qu'importe, je me lançais quand même :
-Les... Vampires... ce nourrissent de sang humain c'est bien cela ?
Elle acquiesça un sourire aux lèvres. Ma question lui paraissait donc bien idiote. Cependant je continuais :
- Avec ce que je viens de boire, Combien de temps je peux tenir avant d'avoir soif de nouveau ?
Elle me regarda de haut en bas, détaillant ma carrure. Elle m'étudia attentivement pendant quelques secondes, hocha affirmativement la tête puis dit :
- Je pense que tu devrais pouvoir tenir deux nuits. Si tu ne va pas batifoler dans tous les coins bien sur.
Je la regardais, sans rien dire. Quelque chose clochait avec moi. La brulure dans ma gorge c'était estomper pendant quelques minutes seulement. Maintenant, elle était revenue et ravageait mon gosier comme jamais. La douleur que cela me provoquait était à la limite de l'insoutenable. Je m'assis de nouveau sur le divan, tenant ma gorge à deux mains. Calimna me regardait avec inquiétude.
- J'ai soif, j'ai encore plus soif qu'avant de boire. Quelque chose ne va pas avec moi. Avec tout ce que j'ai pu lire, et tout ce que tu m'as apprit sur nous, je sais que y'a un truc qui merde là.
Parler me causais la pire des souffrances, mais j'en étais contraint. Je regardais la jeune femme. Elle ne semblait pas plus comprendre que moi. Et s'assit à mes cotés, elle me regardait avec pitié. Je n'aime pas la pitié, c'est bon pour les faibles. Je grognais contre elle, pas fort mais suffisamment pour la mettre en garde. Elle fronça les sourcils, laissant naître une petite ride entre eux. Elle était belle comme femme, désirable au plus au point. Ma soif grandissait, je commençais à trembler. Dans un geste de réconfort, Calimna posa sa main sur mon bras. Pour une raison qui m'échappe encore aujourd'hui, je plantais mes crocs dans son poignet. Laissant sa fine peau se percer sous mes dents. Je sentis le sang couler dans ma bouche. Il avait une saveur enivrante, hypnotisante. Calimna essaya de retirer son poignet, mais je la retins.
- Non Sven, notre sang est un poison entre nous, il ne faut pas, tu vas mourir.
Quelle ironie, j'étais déjà mort. Mais je ne parvenais pas à m'arrêter, le liquide coulait lentement dans ma gorge enivrant mes sens.
- Sven arrête, je... je vais mourir si tu continus.
Sa voix devenait faible, elle avait murmuré ces mots. Elle avait tant fait pour moi. J'avais une dette envers elle, et la tuer ne la paierait pas. C'est non sans mal que je parvenais à arrêter de la vider de son sang. Elle perdit connaissance et s'effondra contre moi. Je la regardais pendant quelques instants. Je m'étais arrêté juste à temps. Je la cueillis dans mes bras, et la transporta dans une pièce avec un lit. Je devinais qu'il devait s'agir de sa chambre. Je la déposais délicatement sur son lit, ramenant les couvertures sur elle. Cela me fit sourire. Les vampires ne souffraient pas du froid, mon geste avait été typiquement humain. J'allais à la cuisine prendre une chaise et je revins m'assoir à ces cotés. Je la regardais dormir. Une fois de plus je souris, les vampires ne dormaient pas. Elle était juste inconsciente.
Je regardais par la fenêtre. Le jour c'était levé, ce serai une journée ensoleillée. J'entendis grogner derrière moi. Je me retournais, et fis face à une Calimna effrayée et tremblante. Je m'approchais d'elle, elle sursauta et fis un mouvement de recul.
- Calimna, je suis désolé pour hier... je ... ça n'arrivera plus.
J'avais dit ces mots d'une voix douce et calme, mais je ne l'avais pas regardée dans les yeux. J'avais faillit l'anéantir, il était normal qu'elle me craigne. Ces yeux exprimaient maintenant l'incompréhension la plus total, ses lèvres s'entrouvrir en tremblent.
- Tu... tu devrais être mort. Tu... m'as presque vidée de mon sang. Je... Tu... tu peux supporter la lumière du soleil ?
Elle était totalement stupéfaite. Elle me regardait avec des yeux ronds comme des billes. Je me retins d'éclater de rire, elle était tout à fait charmante avec cette expression. Ces mots m'avaient cependant intrigué. Je me tenais dans la pale lumière du levant, et je ne ressentais aucune douleur de brulure. Il était évident à présent que quelque chose n'allait pas du tout chez moi. Je me laissais tomber sur la chaise à coté du lit.
- Mais que suis-je donc...
Calimna m'observait avec prudence. Elle me craignait, elle avait peur, elle tremblait, et étonnement cela ne me plaisais pas du tout. Quand j'étais humain, cela m'aurai fait jubiler de plaisir, mais là, cela me frustrais profondément. Je regardais mes pieds avec rage, comme si ils étaient responsables de tout ça. J'entendis un bruissement de tissus, et des bras me serrèrent doucement. Je relevais la tête stupéfait. Calimna m'enlaçait comme si elle avait peur que je parte. Je pris doucement ses bras et l'écartais de moi tandis que ma gorge recommençait à se déchirer.
- Fait attention, j'ai peur de ne pas me contrôler suffisamment pour l'instant.
J'avais honte de cette faiblesse devant elle. Je regardais de nouveau mes pieds avec hargne.
- Je sais ce que tu es.
Elle avait tout juste murmuré. Je relevais la tête et plongeais mon regard dans le sien. J'essayais de lire un quelconque indice dans son regard. J'étais déjà soulagé de ne plus y lire de la peur. Elle se leva et avança sa main comme pour prendre la mienne, puis se ravisa. Elle passa devant moi :
- Suis moi tu verras par toi-même.
Elle me conduit jusque dans une autre pièce. Une grande bibliothèque. Elle prit un vieux livre poussiéreux, et commença à le feuilleter. J'observais les lieux pendant ce temps. Cette femme devait avoir une belle somme d'argent pour pouvoir ce payer autant de livres. Comme si elle avait lu dans mes pensées elle me dit :
- En 800 ans, on a le temps d'accumuler ces richesses.
Elle me souriait. Je lui rendis son sourire content qu'elle n'ai plus peur de moi et intrigué par ce qu'elle cherchait. Je m'approchai d'elle pour lire par-dessus son épaule. Elle s'arrêta sur une page et pointa son long doigt fin sur les quelque lignes de la page : « Alors naîtra celui qui nous jugera. Comme nous il aura soif, mais c'est de nous qu'il se nourrira. » Je relu les lignes plusieurs fois.
- Ca ne colle pas, dis-je, je ne suis pas comme vous, je ne crains pas la lumière du jour.
Elle tourna la page et me montra les premières lignes comme pour me répondre. « Il sera invincible, et ne pourra être détruit. La lumière ne sera pas crainte par cet être fortuit. » Visiblement rien ne pourrai arrêter ce vampire « suprême ». Je lus les lignes suivantes « Il n'aura qu'un but, détruire notre espèce. » Je regardais Calimna, elle fixait l'illustration sur la page suivante. Je suivis son regard et découvrais l'image d'un homme très grand, d'une carrure impressionnante dont les yeux étaient d'un rouge profond. Je ris :
- Ils se sont planté. Je pointais le doigt sur mes yeux. Ils sont violets
Je souriais de toutes mes dents, mais Calimna semblait préoccupée. Je lui pris le livre des mains, elle sursauta. J'arrêtais mon geste, l'avais-je encore effrayée ? J'attendais quelque chose, je ne sais pas quoi, mon geste suspendue. Elle leva les yeux sur moi, à la fois suppliante et terrifiée :
- Il ne peut y avoir d'erreur Sven. C'est bien ton arrivée que ces quelques lignes décrivent. Tu n'as pas les yeux rouges, certes, mais ils sont violets. Ces deux couleurs sont proches. Claudius a infanté l'être suprême... c'est pour ça qu'il à attendu aussi longtemps, il voulait un monstre sanguinaire humain afin d'en créer un vampire.
Elle tremblait de nouveau. Je ne pu déterminer si c'était de peur contre moi ou de rage contre Claudius, mon créateur. Je posais le livre sur la table au milieu de la pièce et passa mes bras autour des frêles (en apparence) épaules de Calimna.
- Je ne veux plus tuer, je vois cette nouvelle vie comme une occasion de laver mes actes passés. Et surtout, je ne veux pas te perdre toi.
Elle sembla se détendre et se tourna face à moi. Son regard était triste, son visage dépourvu de sourire.
- Il faudra que tu te nourrisses Sven, et pour cela, il faudra que tu tus, tu n'as pas le choix.
Je fronçais les sourcils, cette perspective ne me plaisait pas du tout. Je réfléchis pendant quelques minutes. Soudain, j'eu une idée. Je souris d'avance car c'était une merveilleuse idée.
- Je me nourrirais de poche de sang, dis-je sur un ton joyeux.
- Cela ne te nourris pas suffisamment, tu le sais très bien, tu la vus hier. Tu ne pourras jamais te procurer assez de sang pour pouvoir survivre de ça.
- je compte travailler dans un hôpital. Ainsi je serai à la source, et je pourrais me nourrir quand bon me semblera.
- tu oublis une chose Sven, Claudius t'as créé en sachant ce qu'il allait créer. Il ne te laissera pas faire ce que tu veux. S'il constate que tu ne tus aucun vampire, il viendra te chercher.
Je n'avais effectivement pas pensé à cette perspective. Calimna me regardait attendant visiblement une réponse de ma part, mais je n'avais rien à répondre... pour l'instant. Je la tenais toujours dans mes bras, et je la serrais un peu plus contre moi. Pour une raison que je ne m'explique pas, je sentais le besoin de protéger cette femme, de me faire aimer par elle. Je ne comprenais pas du tout ça, mais ça me plaisais. Peut-être que je voyais ainsi le moyen de rembourser la dette que j'avais pour elle. Ma... mutation en vampire semblait avoir changé beaucoup plus de chose que mon régime alimentaire et la sensibilité de mes sens. Je passais ma main dans les longs cheveux noirs de Calimna. Elle attendait toujours sa réponse, fronçant de plus en plus les sourcils, faisant réapparaitre la petite ride entre eux. Je lui souris et lui murmura à l'oreille :
- On verra ça plus tard, pour l'instant, j'ai un métier à apprendre.
L'idée de me faire médecin m'enchantait. J'avais lu, en visitant l'un des nombreux sites d'internet, qu'un vampire assimilait les informations à une vitesse prodigieuse. Et en effet j'avais pu le constater en apprenant tout ce qui avait eu lieu, et que j'avais manqué, pendant les 300 dernières années. Je déposais un baiser sur les lèvres entrouvertes de stupéfaction de Calimna avant de la défaire de mon étreinte et de m'emparer d'un livre traitant de la médecine.
Je fus amusé de constater qu'elle restait plantée là, avec un mélange de béatitude, d'étonnement, et de décomposition. Le son de mon rire résonnant dans la grande pièce sembla la ramener à la réalité. Elle me jeta un regard courroucé, ce qui me fit rire d'avantage.
- Il n'y a rien de drôle, tu dois prendre en compte le fait que...
Je m'étais rapprocher rapidement d'elle et avais posé un doigt sur ses lèvres. Je lui souris tendrement, j'avais peur de l'avoir effrayée avec mon geste soudain. J'attendis de voir si elle allait reculer ou autre, mais elle ne fit rien que de me fixer avec étonnement. Mon sourire s'élargit d'avantage, découvrant mes longues canines. Je me penchais vers elle effleurant le lobe de son oreille avec mes lèvres.
- Je ne l'oubli pas, je le mets simplement de coté.
- cesse de jouer avec moi Sven, tu ne me connais pas alors cesse de faire ce... ces choses.
Je la regardais sans comprendre. Qu'avais-je fait pour lui déplaire ? J'avais pensé que quand je l'avais embrassée, même si c'était pour avoir du sang et rien d'autre à ce moment là, ça lui plaisait. Je ne sais pas pourquoi, mais je pensais ne pas la laisser indifférente. Et me voila bien ridicule maintenant. Je m'éloignais d'elle et allais m'assoir sur une chaise à la table, prenant le livre et l'ouvrant.
- Je suis désolé, mais sache que je ne joue pas avec toi. Je suis sérieux.
Je l'entendis sortir de la pièce après quelques secondes d'immobilité. Je ressenti un pincement au cœur. Je me demandais ce qui pouvait bien causer cela à un cœur mort. Je commençais à lire ce manuel de médecine, orientant toutes mes pensées vers l'apprentissage de ce métier. J'espérais, pour une raison qui m'échappais encore, que sauver des vies effacerai, en quelques sortes, toutes celles que j'avais volées. J'avais l'opportunité de recommencer une vie depuis le départ, alors autant faire en sorte que celle-ci soit mieux que la première.
Je perdis la mesure du temps, c'est seulement quand mon champs de vision fut traverser par un bras à la peau blême et quand j'entendis la douce voix de Calimna que je fus de retour dans la réalité.
- Mange.
Je regardais son bras tendu en travers de mon champ de vision avant de tourner la tête dans une direction opposée.
- Non, c'est hors de question.
- Ca fait trois jours que tu éventres ma bibliothèque de tout les livres pour les lire. Tu n'as pas mangé depuis ce temps là. Mange.
Trois jours. Je ne m'étais pas aperçus que cela faisait si longtemps que je lisais. J'en fus déstabilisé. Mais je ne comptais plus jamais reboire de son sang. J'avais eu tellement de mal à m'en détacher la première fois, j'avais peur de ne pas pouvoir m'arrêter une seconde fois. Je gardais la tête tourné.
- bon très bien...
Elle s'empara d'un coupe-papier qui trainait sur la table et s'entailla le bras dans le sens de la longueur. La fragrance de son sang envahit mes narines. Ma gorge s'enflamma et je ne pus retenir un grognement à son attention. Je lui jetais un regard noir qui en disait long sur ce que je pensais de son geste. Je gardais mes poings serrés sur la table, ma mâchoire crispée. Je parvins à articuler quelques mots d'un ton brutal et froid.
- Je refuse de te faire du mal Calimna, éloigne toi pendant que j'arrive encore à me retenir.
Plutôt que d'écouter mes sages paroles, elle avança d'avantage son bras vers mon visage. Son sang ruisselait doucement et venait gouter sur les pages du livre ouvert devant moi. Je ne détachais pas mon regard d'elle. Ses yeux exprimaient une détermination infaillible. La peur de ne pas pouvoir m'arrêter m'empêchait de céder. Elle fronça les sourcils, je lui lançais un regard suppliant, elle était en train de me torturer. Finalement elle retira son bras de devant moi. J'en fus soulagé, cependant son parfum avait emplis la pièce et ma gorge était en feu. Je la vis porter son bras à ses lèvres, le sang les colorant un rouge pourpré. Je la regardais faire bouche bée. Je ne la vis pas venir, à mon plus grand regret. Elle vint plaquer ses lèvres contre les miennes, forçant l'entrée de ma bouche avec sa langue. Je ne pouvais plus lutter. Le gout délicat de son sang éclipsa toute ma détermination. Je l'embrassais violement avant de l'attirer contre moi et de me servir a son cou. Je pouvais sentir sa main caresser mes cheveux doucement. Je ne comprenais pas son geste. Voulait-elle achever sa non-vie ? Son sang coulait dans ma gorge atténuant lentement le feu qui s'y était propagé. Sa main glissa dans mon cou pour se poser sur mon torse, elle essaya de me repousser. Je la serrais un peu plus fort contre moi, continuant de m'abreuver de ce liquide divin.
- Sven, stop.
Sa voix était faible mais elle retenti en moi comme un hurlement. Je me stoppais et relâchais mais sur elle. Ses yeux étaient à moitiés fermer, je caressais doucement sa joue, lui demandant pardon, m'excusant mille fois. Elle me sourit et porta son doigt sur mes lèvres pour mettre fin à ma complainte. J'embrassais ces doigts avant de serrer sa main dans la mienne. Elle fit mine de vouloir se lever, mais je la retins contre moi, la regardant avec inquiétude. Elle plongea son regard dans le mien :
- Je vais bien, ne t'inquiète pas, tu t'es arrêté à temps.
Son ton était léger. Comment pouvait-elle être aussi insouciante, alors qu'il y a quelques secondes à peine j'étais sur le point de la tuer. Mon soulagement fit place à de la colère, et au lieu de la lâcher je la serrais contre mon cœur.
- Ne refait plus jamais ça, plus jamais tu m'entends ?
Elle me rendit mon étreinte, sa tête au creux de mon cou. Je caressais ces longs cheveux, m'enivrant de leur parfum doux et sucré. Elle quitta mon cou pour me regarder droit dans les yeux.
- Je ne peux quand même pas de laisser mourir de faim.
Un large sourire fendait son doux visage. Bien sur qu'elle le pouvait, elle ne le voulait tout simplement pas. Je caressais lentement sa joue, me perdant dans la nuit de ses yeux. Je me demandais pourquoi elle m'était venue en aide cette nuit là. J'étais un inconnu, et même un danger pour elle, alors pourquoi ne partait-elle pas ? Elle pouvait me mettre à la porte quand elle le voudrait, après tout elle était chez elle. Je me posais les questions à moi-même mais je ne pouvais pas y répondre, elle seule le pouvait.
- Pourquoi m'as-tu aidé l'autre nuit ? Pourquoi tu continues encore maintenant. Je ne suis qu'un étranger qui à débarqué dans ta... non-vie depuis quelques jours seulement. Pourtant tu fais tellement pour moi, je ne comprends pas.
Elle détourna les yeux puis se détacha de mes bras. Elle alla prendre place sur la chaise en face de moi, de l'autre coté de la table. Elle avait un air grave sur le visage, pourtant je décelais un certain malaise chez elle. Je pris ses mains dans les miennes et lui souris pour l'encourager.
- Ne ris pas s'il te plaît, me demanda-t-elle.
- Entendu, je ne rirais pas.
Je ne comprenais pas bien la raison de cette requête. Qu'allait-elle bien pouvoir me dire qui puisse susciter un rire de ma part. Je caressais le dos de sa main avec douceur attendant qu'elle ce livre à moi.
- J'ai rêvé de toi, du moment où on se rencontrait. Rien ne c'est passer comme dans mon rêve, mais c'était bien toi.
- Mais on ne dort pas. On a plus besoin de dormir, comment tu as pu rêver, je ne saisis pas.
Une fois de plus elle fuit mon regard. Je serrais doucement sa main dans les miennes pour l'inciter à continuer.
- Je... je regrette ma vie humaine. Je ne me détache pas de certaines habitudes anciennes. Même si je ne dors pas, je m'allonge et ferme les yeux, laissant mon esprit vagabonder. Je prends des douches aussi... même si c'est inutile. Je... je n'aime pas ce que je suis. C'est pour ça que je me nourris que de poches de sang volées dans les hôpitaux...
Sa voix s'éteignit. Bien sûr qu'elle n'avait pas choisit de devenir ce qu'elle était. Ca lui était tombé dessus, comme à moi. Nous étions devenus des monstres... Enfin moi je l'étais déjà avant... soudain je comprenais pourquoi j'avais fait tout ça jusqu'à maintenant, et pourquoi je voulais que ça change.
La porte s'ouvrit à la volé allant s'écraser contre le mur. Instantanément je me postais entre l'intrus et Calimna. L'homme en question était assez grand mais très fin. J'avais l'impression de pouvoir lui broyer le cou avec une seul main (je pense que ça aurai été possible). Il portait un gros carton qui lui cachait la vu. Je l'observais sans dire un mot. Calimna se leva et alla à la rencontre de l'étranger. Je la retins par la main en émettant un grognement d'avertissement.
- oh Cali, viens donc m'aider au lieu de me grogner, tu vois bien que j'ai du mal là.
Cali ? Je bouillais de colère. Qui était-il pour l'affubler de ce surnom ? Calimna s'avança vers l'homme et lui prit le carton des mains en lui souriant. L'homme se pencha sur elle et l'embrassa sur la joue. Je m'enflammais de rage, une envie meurtrière me dévorant les entrailles. Les poings serrés, la mâchoire crispée, et le corps raide, je pris sur moi. Il n'y avait rien entre elle et moi, à part.... à part rien, je n'avais aucune raison d'être jaloux.
- Cesse de faire ça Mika, tu sais très bien ce qu'il pourrait se passer si je dérapais.
- On s'embrasserait ? répondit l'autre sur un ton pensif, comme si il en rêvait.
- Arrête, tu sais ce que je veux dire. Je suis dangereuse pour toi, évite de rester trop longtemps dans le coin.
Cette fois je tremblais de rage. Je répétais sans cesse la même phrase dans ma tête, espérant me calmer « Elle n'est pas à toi ! ». Je regardais l'homme, le massacrant des yeux, m'imaginant l'éventrer sur place. Du sang giclant contre les murs, éclaboussant le visage de Calimna. Ces images, toutes droites sorties de mon fantasme morbide, eurent pour effet de déclencher une lente brulure dans ma gorge. Ne serai-je donc jamais entièrement rassasié ? Je regardais Calimna poser l'immense carton sur la table, écrasant le livre couvert de son sang. Elle se tourna vers l'homme dénommé Mika.
- Merci pour le sang, j'ai une dette envers toi.
Elle lui souriait. Et lui en faisait de même en retour, il s'embla réfléchir pendant quelque instant avant de parler.
- Ben justement en parlant de ça. J'ai un deal à te proposer.
Je vis le sourcil de ma compagne se soulever délicatement. Son visage exprimait une certaine réticence.
- N'y pense même pas. Tu connais ma réponse et c'est non.
Il se rapprocha d'elle, enlaçant doucement sa taille, il caressa sa joue. Ses lèvres à quelques millimètres des siennes.
- Tu sais ce que j'éprouve pour toi. Je veux être auprès de toi pour toujours rien de plus.
Tout devient clair pour moi à cet instant. Il était plus que certain que cet homme pourrait prendre soin de Calimna sans la mettre en danger par sa seule présence. Alors que moi, je faisais planer une épée de Damoclès au dessus de sa tête, et elle se rapprochait à chaque seconde. Sans émettre le moindre son, je griffonnais quelques mots sur un morceau de papier que je laissais choir sur la table. Je m'éclipsais, sortant de la pièce et de la maison sans avoir remué l'air autour de moi. Tout ce qui importait c'était sa sécurité et son bonheur. Et elle n'aurait jamais ça avec moi. Je fis mes adieux à Calimna dans ma tête tout en m'enfonçant dans les ténèbres de la nuit.
« - Cela fait un moment que je t'observe Sven. »
Je ne répondis pas, je réfléchissais. Qui pouvait bien être ce mec ? Je passais en revue toute les personnes qui avaient une dette envers moi. Soudain, la réalité me frappa de plein fouet. C'était moi que cet homme voulait, mais jusqu'à présent il arrivait trop tard. Comme la situation était ironique. J'étais la proie maintenant, et j'avais été chassé sans que je m'en rende compte. Ma proie se déplaçait en longeant les murs elle passa à notre hauteur et fila en courant, ce qui m'irrita profondément :
« - Tu m'as fait manquer mon divertissement... » Dis-je d'une voie sombre « J'espère pour toi que c'est pour une bonne raison.»
Etonnement, je n'avais pas peur. Nous étions cote à cote et nous regardions devant nous, moi les mains dans les poches, lui les mains à l'intérieur de ses manches. Il portait un très long manteau noir, il avait un chapeau haut de forme sur le crane. Malgré la pénombre, je constatais qu'il avait les cheveux longs.
« - La petite souris a du aller chercher les flics... je ne compte pas croupir ici. »
Avant que je ne puisse esquisser le moindre mouvement pour me retourner et partir, il était devant moi, penché à mon oreille. Je pouvais sentir une lame effilée sur ma gorge, surement un couteau.
« -Ce ne sera pas nécessaire » dit-il d'une voie douce et calme.
Il m'attrapa alors à la gorge et me souleva dans les airs. Il s'accroupit légèrement et sauta. Je vis le mur de l'usine défiler vers le bas à vive allure. Le mec mis un pied sur le toit et avança de quelque pas sans pour autant me lâcher. Je commençais à manquer d'air, sa prise sur mon cou m'étouffant. Il approcha son visage du mien, je vis ces yeux, ils étaient violets. Il me sourit, et je pu admirer une dentition pour le moins inquiétante. Cet homme possédait deux canines d'une longueur anormale. Je pensais alors que ce mec devait être un malade échappé de je ne sais trop quel asile dans lequel ils font des expériences étranges. Perdu dans mes pensées, je ne vis pas qu'il penchait ma tête sur le coté :
«- Cela fait longtemps que je cherchais un sang comme le tiens. Je vais me régaler. »
C'est alors que je sentis une vive douleur dans mon cou. J'essayais de me débattre mais je perdais mes forces. Le décor commença à tourner tandis que la douleur ne cessait d'augmenter. Je grognais avant de laisser échapper un long cri d'agonie. Je commençais à perdre connaissance, quand je heurtais le sol. J'étais trop faible pour bouger, et je souffrais trop pour parler. J'entendis l'homme me dire:
« - Voila qui n'ai que justement payé pour tout ce que tu as fait, Sven. J'espère que ta nouvelle vie te plaira »
Il partit alors dans un long rire lugubre, mais je perdais conscience avant il ne s'arrête.
Je fis d'étranges rêves que je ne comprenais pas. Des flaches d'images défilaient devant mes yeux. Des gens, des lieux, des voix. Tout m'était inconnu. J'ouvris brusquement les yeux, j'étais en sueur, et je respirais vite. J'étais dans une cave à première vue. Je regardais attentivement autour de moi. Je ne reconnaissais pas les lieux. Qu'avais-je fait avant d'aller m'endormir dans ce trou à rat ? Je ne me souvenais plus. J'avais juste des brides de rêves qui me revenaient mais je ne leur trouvais aucun sens. Je me levais doucement. Ma gorge était sèche comme du papier. Je mourrais de soif, je me dirigeais vers l'escalier quand je m'aperçus qu'il faisait totalement sombre. En effet, je n'y avais pas prêté attention mais il n'y avait aucune ouverture qui permettrait à la lumière de pénétrer dans cette cave. Pourtant je voyais très bien, comme en plein jour. Je commençais à vraiment me poser des questions. Mais j'avais bien trop soif pour m'en poser d'avantage. Je gravis les marches de pierres et m'arrêtais devant une porte. J'entrouvris doucement la porte. J'étais dans un couloir. Il n'y avait rien aux murs, aucune tapisserie n'y aucun tableau. J'avançais lentement quand j'entendis un bruit assourdissant. Je me prenais la tête entre les mains essayant de me boucher les oreilles. Mais j'entendais comme si mes mains se trouvaient le long de mon corps. Je tombais à genoux étourdis par la douleur que le bruit me faisait. Parmi tous ces bruits infernaux, je distinguais un cri, proche, très proche. Je relevais brusquement la tête. Une femme se tenait au bout du couloir, figée dans un masque de terreur, une louche à la main. Ma gorge s'incendia totalement. Je pouvais entendre le bruit du cœur de cette femme battre comme si j'avais la tête posée sur son sein. J'entendais le reflux de son sang dans ses veines. Et par-dessus tout, je le voyais circuler à travers sa peau. Cette fois, j'avais vraiment peur. Que m'arrivait-il ? Je me mis debout et courus jusqu'à elle. Elle recula, terrorisée, et j'en profitais pour me diriger vers une porte qui me semblait être une sortie vers l'extérieur. J'ouvris la porte à la volée et sortis sur le pallier. Je me figeais, totalement désemparé. J'étais dans une rue, jusque là rien d'anormal. Cette rue était éclairée par des lampadaires, mais, chose étrange, je ne distinguais pas le vacillement de la flamme. Je baissais la tête et regardais une étrange boite avec des roues. Je me retournais pour voir d'où je sortais exactement. Je fis face à une étrange demeure.
Complètement décontenancé, j'avançais dans la rue, regardant ce qui m'entourait. L'air était chargé d'une odeur étrange, que je ne reconnaissais pas. J'avançais le long de cette rue. Il y avait plein de boite à roues. Elle était les unes derrières les autres. Je passais devant la vitrine d'un magasin et m'arrêtais devant un étrange phénomène. Une dizaine de boites étaient empilées les unes sur les autres, dans ces boites, il y avait un homme qui parlait d'un accident de voiture désastreux. Je regardais les images défiler dans ces petites boites, lorsque je vis les voitures en question. Je me retournais vivement en constatant que les boites avec des roues qui étaient les une derrière les autres étaient des voitures. Je me retournais de nouveau vers les boites à images, quand j'aperçus la date du jour en haut à gauche. Je restais incrédule et tétanisé. Nous étions le 18 décembre 2009 ! Comment je pouvais me retrouver en 2009 ! Je ne pouvais même pas vivre aussi longtemps ! J'étais né en 1681 ! Et nous étions en 1701 la dernière fois que... j'étais réveillé. 328... comment je pouvais avoir un tel âge ? C'était tout simplement grotesque. J'entendis quelqu'un rire, je me retournais vivement vers la provenance du son. Une jeune femme, à la silhouette effilée et à la démarche féline avançais vers moi :
« - Et bien mon mignon, on dirait que tu sais plus où tu en es. »
Sa voix était douce et calme, une vraie invitation. Elle souriait, elle avait des canines anormalement longues. Soudain tout le revint. Je revis cet homme me prendre par la gorge et me soulever d'un seul bras avant de sauter jusqu'au toit de l'usine et... et de me mordre ? Visiblement, mes interrogations semblaient beaucoup amuser la jeune femme. Je la regardais d'un œil mauvais. Elle soutint mon regard sans la moindre peur.
« - C'est ton premier réveil on dirait. »
Je pouvais sentir une pointe d'amusement dans sa voix, ce qui m'horripilait. Elle était en train de ce foutre de moi et ça ne me plaisais pas. Un grognement monta de ma gorge. La jeune femme leva un sourcil mais ne bougea pas pour autant. Je fus tout surpris du son de ma propre voix. Elle était grave et profonde. Mais ce qui m'étonnait le plus c'est que je grognais comme un chien qui s'appétait à mordre. La femme leva les mains en souriant :
« - hola, tout doux mon chéri, je ne vais pas te mordre. » Cela sembla énormément l'amuser, mais je ne me joignis pas à son rire. Je n'avais pas saisie l'humour de la situation sans doute. « On ne se mord pas entre vampire. »
J'écarquillais les yeux, et ma bouche s'entrouvrit. Elle se payait vraiment ma tête. Elle n'avait pas peur la petite demoiselle. Elle s'avait pas qui j'étais, sinon elle aurait décampé plus vite que son ombre. Je l'imaginais déjà, gémissant, me suppliant de lui laisser la vie sauve. La soif me pris à la gorge, comme un incendie, la douleur étant insoutenable. Je pris ma gorge à deux mains, cherchant des yeux un baril d'eau. La femme perçu mon geste, et rit de plus belle :
« - Tu as soif chéri, continue tout droit et prend la deuxième rue à droite, y'a une boite de nuit. Tu pourras manger, mais soit discret. »
Je ne comprenais absolument rien de ce qu'elle me disait. C'est quoi une boite de nuit ? Une boite avec de la nuit dedans ? Non impossible. Quoique, ils arrivaient bien à faire rentrer un homme dans une petite boite. Un homme tout petit d'ailleurs. Et c'était le même homme dans chacune des boites. Je me retournais de nouveau vers l'empilement de boites. Il y avait des centaines de personnes maintenant. Je n'en croyais pas mes yeux. Ils étaient tous serrer les uns contre mes autres et se bousculaient pour être le plus prés possible de la petite vitre, comme si ils voulaient tous sortir en même temps. En dessous, défilaient les mots « manifestation contre les suppressions d'emplois ». J'entendis la femme me demander alors :
« - T'as quel âge mon chéri ? »
« -20 ans » répondis-je instantanément.
Elle pouffa de rire derrière sa main. Elle commençait vraiment à me taper sur le système celle-là.
« - Je te parle pas de cet âge là chéri, t'es né en quelle année ?
- 1681 »répondis-je. « Et mes derniers souvenirs remontent à 1701.
- Et c'est ton premier réveille ? Eh ben mon pauvre gars, t'en à loupé des choses. »
Elle s'approcha de moi, je grognais à nouveau, mais elle m'ignora et me pris la main avant de m'entrainer rapidement avec elle. Le paysage défilait tellement vite qu'il ne se réduisait plus qu'à des taches de couleurs indistinctes. Je me demandais de quelle sorcellerie il s'agissait, quand elle s'arrêta devant une maison. Elle entra et s'enfonça dans un couloir sombre. Je l'entendis, alors qu'à cette distance c'était impossible, m'inviter à entrer à mon tour. J'obtempérais, plus par curiosité qu'autre chose. Je suivis le chemin qu'elle avait pris et la trouvait assise devant une boite lumineuse qui ressemblait étrangement à celle du magasin. Elle ne me prêta aucune attention, elle tapait sur un rectangle avec une vitesse vertigineuse. Une quantité d'images impressionnante défilaient dans la boite. Soudain elle s'arrêta et me regarda :
« - Ca c'est un ordinateur, il est relié à internet. Je t'ai fais une petite recherche sur les 300 dernières années. Tu devrais les lire attentivement avant de faire quoi que ce soit. »
Elle se leva de son siège avec une grâce féline, et m'invita à prendre sa place. Les images et les textes continuaient de défiler à l'écran. Je les regardais avec attention. Malgré leur enchainement bien trop rapide pour l'œil humain, je parvenais à tout lire et tout voir. En une demi-heure à peine, j'avais pris connaissance de tout ce que j'avais manqué. Mais une vérité c'était révélée à moi. J'étais un vampire, j'avais plus de 300 ans et j'avais soif. Sachant maintenant me servir d'un ordinateur, je faisais une recherche sur le net. Je tapais les mots clé « vampire » et « nourriture ». Une multitude de sites envahirent l'écran. Tous étaient formels, un vampire se nourrissait de sang humain. Je déglutis devant ce fait. Je me levais et allait m'allonger sur le canapé du salon. Je commençais alors à réfléchir. Cela faisait plus de 300 ans que je dormais, en 300 ans tous les crimes et les viols que j'avais commis étaient oubliés de tous. De plus j'étais maintenant une créature de la nuit digne des légendes. Et les humains ne croyaient pas aux légendes. Je me souvins alors des derniers mots que j'avais entendus, « Voila qui n'ai que justement payé pour tout ce que tu as fait, Sven. J'espère que ta nouvelle vie te plaira ». En effet, je commençais une nouvelle vie. Ou plutôt une nouvelle non-vie. La jeune femme était revenue. Je la sentais, elle mais aussi une autre odeur, une odeur qui me brula vivement la gorge. Je grognais de nouveau, plus contre elle, mais contre la douleur qui me ravageait. Elle entra dans la pièce. Ses déplacements, ses pas, rien n'émettaient le moindre son. Elle se pencha sur moi et sourit. Elle avait encore du sang plein la bouche. Je ne pu me contenir, elle aurait pu largement m'éviter ou même me contrer, mais elle ne sembla pas le vouloir. Elle me laissa lui sauter dessus et la plaquer au sol. J'étais sur elle, je respirais et salivais comme un chien enragé. Je m'emparais brutalement de ses lèvres pour y lécher les restes de sang qu'il y avait. Elle me rendit mon baiser, bien que ce n'en fut pas un. L'excitation sexuelle aurai du me gagner, mais j'avais trop soif, beaucoup trop. Je la regardais droit dans les yeux :
« -Donne moi du sang, j'en veux encore ! » J'avais presque crié ces mots. Elle sembla déçue mais pointa du doigt la table de la cuisine. Il y avait des poches de sang. Au moins une dizaine. Je me précipitais vers mon repas. Je pris une poche de sang et essaya de l'ouvrir. Elle me résistait, et j'avais tellement faim. La jeune femme se trouva tout d'un coup à mes cotés, elle prit elle aussi une poche de sang. Je grognais en montrant les dents, elle me répondit par un autre grognement et je compris que c'était ça nourriture et qu'elle partageait simplement avec moi. Elle mordit dans le sac de sang et je pu sentir la douce odeur du sang envahir mes sens. Je fis de même, je mordis dans ma propre poche de sang. Le liquide pourpre s'écoula dans ma gorge, je me délectais de son gout. L'incendie dans ma gorge ne s'éteignait pas cependant. J'avais vidé trois poches déjà. Je regardais la femme, l'interrogeant du regard, lui demandant silencieusement si elle m'autorisait à m'accorder une autre poche de sang. Elle me sourit, voyant ainsi son approbation, je me saisis d'une nouvelle poche et bu allégrement. Je vidais poche après poche. Finalement au bout de douze, je fus rassasié. La femme sirotait tranquillement la dernière poche. Elle ne m'avait pas quitté des yeux une seule fois, me souriant inlassablement. Je la regardais, plongeant mes yeux dans les siens. Ils étaient bleus, d'un bleu profond, un bleu nuit. Je baissais les yeux en guise de soumission :
« - Je vous remercie d'avoir apporté de la nourriture pour moi.
- Je n'allais pas te laisser mourir de faim. » Elle souriait toujours. Je me demandais pourquoi elle me souriait ainsi. Etait-ce le premier jeune vampire qu'elle voyait ? J'allais lui poser la question mais elle me devança et prit la parole :
« - Je m'appel Calimna, j'ai 878 ans. » Plus rien ne m'étonnais à présent. Elle avait 878 ans, mais l'apparence d'une jeune femme de 25 ans. Je détaillais un peu plus sa silhouette. Elle était fine et élancée. Elle avait toujours une démarche gracieuse, sa voix était toujours calme et douce. J'appréciais sa compagnie. Je lui souris et lui répondis :
- Je m'appel Sven. Et... dans mon autre vie, si je puis dire ainsi, j'étais violeur et assassin. Dis-je en pensant lui faire peur. Mais non, elle leva délicatement un sourcil :
- c'est donc pour ça... Dit-elle d'une voix lourde de supposition.
- C'est donc ça quoi ? Lui demandais-je, alors qu'elle me souriait de nouveau.
- Certaines choses ne sont pas dites dans les légendes que tu as pu consulter sur internet tout à l'heure. Tout comme d'autre sont fausses. Par exemple, il est dit nulle part que le premier né d'un vampire héritera de la couleur d'yeux de son maître. Tout comme nous sommes insensible à l'ail et à l'argent.
Je la regardais, mon visage que je pouvais contempler dans le reflet de ses yeux, exprimait clairement la surprise. J'avais les yeux violets maintenant. Et visiblement, les vampires aux yeux violets ne devaient pas courir les rues. Calimna s'amusait de mon étonnement, ses yeux pétillant de joie. Visiblement elle prenait du plaisir à m'en apprendre plus sur moi-même.
- Ton maître, ou celui qui t'as mordus et t'as fait devenir un vampire, est un très vieux vampire. Il est très connus, craint, et respecter parmi les clans. On raconte qu'il n'a infanté qu'une seule fois. Il voulait que son infant soit parfait. On raconte aussi, qu'il à un gout prononcer pour le sang des personnes mauvaises. Des personnes qui commettent des crimes gratuitement, justes pour le plaisir. Tu ne devais pas être un saint.
En effet je ne l'avais pas été. Mais je me posais énormément de question sur ce que j'étais maintenant. Une me chagrinait plus que les autres. Peut-être que cette question lui paraitrait idiote mais qu'importe, je me lançais quand même :
-Les... Vampires... ce nourrissent de sang humain c'est bien cela ?
Elle acquiesça un sourire aux lèvres. Ma question lui paraissait donc bien idiote. Cependant je continuais :
- Avec ce que je viens de boire, Combien de temps je peux tenir avant d'avoir soif de nouveau ?
Elle me regarda de haut en bas, détaillant ma carrure. Elle m'étudia attentivement pendant quelques secondes, hocha affirmativement la tête puis dit :
- Je pense que tu devrais pouvoir tenir deux nuits. Si tu ne va pas batifoler dans tous les coins bien sur.
Je la regardais, sans rien dire. Quelque chose clochait avec moi. La brulure dans ma gorge c'était estomper pendant quelques minutes seulement. Maintenant, elle était revenue et ravageait mon gosier comme jamais. La douleur que cela me provoquait était à la limite de l'insoutenable. Je m'assis de nouveau sur le divan, tenant ma gorge à deux mains. Calimna me regardait avec inquiétude.
- J'ai soif, j'ai encore plus soif qu'avant de boire. Quelque chose ne va pas avec moi. Avec tout ce que j'ai pu lire, et tout ce que tu m'as apprit sur nous, je sais que y'a un truc qui merde là.
Parler me causais la pire des souffrances, mais j'en étais contraint. Je regardais la jeune femme. Elle ne semblait pas plus comprendre que moi. Et s'assit à mes cotés, elle me regardait avec pitié. Je n'aime pas la pitié, c'est bon pour les faibles. Je grognais contre elle, pas fort mais suffisamment pour la mettre en garde. Elle fronça les sourcils, laissant naître une petite ride entre eux. Elle était belle comme femme, désirable au plus au point. Ma soif grandissait, je commençais à trembler. Dans un geste de réconfort, Calimna posa sa main sur mon bras. Pour une raison qui m'échappe encore aujourd'hui, je plantais mes crocs dans son poignet. Laissant sa fine peau se percer sous mes dents. Je sentis le sang couler dans ma bouche. Il avait une saveur enivrante, hypnotisante. Calimna essaya de retirer son poignet, mais je la retins.
- Non Sven, notre sang est un poison entre nous, il ne faut pas, tu vas mourir.
Quelle ironie, j'étais déjà mort. Mais je ne parvenais pas à m'arrêter, le liquide coulait lentement dans ma gorge enivrant mes sens.
- Sven arrête, je... je vais mourir si tu continus.
Sa voix devenait faible, elle avait murmuré ces mots. Elle avait tant fait pour moi. J'avais une dette envers elle, et la tuer ne la paierait pas. C'est non sans mal que je parvenais à arrêter de la vider de son sang. Elle perdit connaissance et s'effondra contre moi. Je la regardais pendant quelques instants. Je m'étais arrêté juste à temps. Je la cueillis dans mes bras, et la transporta dans une pièce avec un lit. Je devinais qu'il devait s'agir de sa chambre. Je la déposais délicatement sur son lit, ramenant les couvertures sur elle. Cela me fit sourire. Les vampires ne souffraient pas du froid, mon geste avait été typiquement humain. J'allais à la cuisine prendre une chaise et je revins m'assoir à ces cotés. Je la regardais dormir. Une fois de plus je souris, les vampires ne dormaient pas. Elle était juste inconsciente.
Je regardais par la fenêtre. Le jour c'était levé, ce serai une journée ensoleillée. J'entendis grogner derrière moi. Je me retournais, et fis face à une Calimna effrayée et tremblante. Je m'approchais d'elle, elle sursauta et fis un mouvement de recul.
- Calimna, je suis désolé pour hier... je ... ça n'arrivera plus.
J'avais dit ces mots d'une voix douce et calme, mais je ne l'avais pas regardée dans les yeux. J'avais faillit l'anéantir, il était normal qu'elle me craigne. Ces yeux exprimaient maintenant l'incompréhension la plus total, ses lèvres s'entrouvrir en tremblent.
- Tu... tu devrais être mort. Tu... m'as presque vidée de mon sang. Je... Tu... tu peux supporter la lumière du soleil ?
Elle était totalement stupéfaite. Elle me regardait avec des yeux ronds comme des billes. Je me retins d'éclater de rire, elle était tout à fait charmante avec cette expression. Ces mots m'avaient cependant intrigué. Je me tenais dans la pale lumière du levant, et je ne ressentais aucune douleur de brulure. Il était évident à présent que quelque chose n'allait pas du tout chez moi. Je me laissais tomber sur la chaise à coté du lit.
- Mais que suis-je donc...
Calimna m'observait avec prudence. Elle me craignait, elle avait peur, elle tremblait, et étonnement cela ne me plaisais pas du tout. Quand j'étais humain, cela m'aurai fait jubiler de plaisir, mais là, cela me frustrais profondément. Je regardais mes pieds avec rage, comme si ils étaient responsables de tout ça. J'entendis un bruissement de tissus, et des bras me serrèrent doucement. Je relevais la tête stupéfait. Calimna m'enlaçait comme si elle avait peur que je parte. Je pris doucement ses bras et l'écartais de moi tandis que ma gorge recommençait à se déchirer.
- Fait attention, j'ai peur de ne pas me contrôler suffisamment pour l'instant.
J'avais honte de cette faiblesse devant elle. Je regardais de nouveau mes pieds avec hargne.
- Je sais ce que tu es.
Elle avait tout juste murmuré. Je relevais la tête et plongeais mon regard dans le sien. J'essayais de lire un quelconque indice dans son regard. J'étais déjà soulagé de ne plus y lire de la peur. Elle se leva et avança sa main comme pour prendre la mienne, puis se ravisa. Elle passa devant moi :
- Suis moi tu verras par toi-même.
Elle me conduit jusque dans une autre pièce. Une grande bibliothèque. Elle prit un vieux livre poussiéreux, et commença à le feuilleter. J'observais les lieux pendant ce temps. Cette femme devait avoir une belle somme d'argent pour pouvoir ce payer autant de livres. Comme si elle avait lu dans mes pensées elle me dit :
- En 800 ans, on a le temps d'accumuler ces richesses.
Elle me souriait. Je lui rendis son sourire content qu'elle n'ai plus peur de moi et intrigué par ce qu'elle cherchait. Je m'approchai d'elle pour lire par-dessus son épaule. Elle s'arrêta sur une page et pointa son long doigt fin sur les quelque lignes de la page : « Alors naîtra celui qui nous jugera. Comme nous il aura soif, mais c'est de nous qu'il se nourrira. » Je relu les lignes plusieurs fois.
- Ca ne colle pas, dis-je, je ne suis pas comme vous, je ne crains pas la lumière du jour.
Elle tourna la page et me montra les premières lignes comme pour me répondre. « Il sera invincible, et ne pourra être détruit. La lumière ne sera pas crainte par cet être fortuit. » Visiblement rien ne pourrai arrêter ce vampire « suprême ». Je lus les lignes suivantes « Il n'aura qu'un but, détruire notre espèce. » Je regardais Calimna, elle fixait l'illustration sur la page suivante. Je suivis son regard et découvrais l'image d'un homme très grand, d'une carrure impressionnante dont les yeux étaient d'un rouge profond. Je ris :
- Ils se sont planté. Je pointais le doigt sur mes yeux. Ils sont violets
Je souriais de toutes mes dents, mais Calimna semblait préoccupée. Je lui pris le livre des mains, elle sursauta. J'arrêtais mon geste, l'avais-je encore effrayée ? J'attendais quelque chose, je ne sais pas quoi, mon geste suspendue. Elle leva les yeux sur moi, à la fois suppliante et terrifiée :
- Il ne peut y avoir d'erreur Sven. C'est bien ton arrivée que ces quelques lignes décrivent. Tu n'as pas les yeux rouges, certes, mais ils sont violets. Ces deux couleurs sont proches. Claudius a infanté l'être suprême... c'est pour ça qu'il à attendu aussi longtemps, il voulait un monstre sanguinaire humain afin d'en créer un vampire.
Elle tremblait de nouveau. Je ne pu déterminer si c'était de peur contre moi ou de rage contre Claudius, mon créateur. Je posais le livre sur la table au milieu de la pièce et passa mes bras autour des frêles (en apparence) épaules de Calimna.
- Je ne veux plus tuer, je vois cette nouvelle vie comme une occasion de laver mes actes passés. Et surtout, je ne veux pas te perdre toi.
Elle sembla se détendre et se tourna face à moi. Son regard était triste, son visage dépourvu de sourire.
- Il faudra que tu te nourrisses Sven, et pour cela, il faudra que tu tus, tu n'as pas le choix.
Je fronçais les sourcils, cette perspective ne me plaisait pas du tout. Je réfléchis pendant quelques minutes. Soudain, j'eu une idée. Je souris d'avance car c'était une merveilleuse idée.
- Je me nourrirais de poche de sang, dis-je sur un ton joyeux.
- Cela ne te nourris pas suffisamment, tu le sais très bien, tu la vus hier. Tu ne pourras jamais te procurer assez de sang pour pouvoir survivre de ça.
- je compte travailler dans un hôpital. Ainsi je serai à la source, et je pourrais me nourrir quand bon me semblera.
- tu oublis une chose Sven, Claudius t'as créé en sachant ce qu'il allait créer. Il ne te laissera pas faire ce que tu veux. S'il constate que tu ne tus aucun vampire, il viendra te chercher.
Je n'avais effectivement pas pensé à cette perspective. Calimna me regardait attendant visiblement une réponse de ma part, mais je n'avais rien à répondre... pour l'instant. Je la tenais toujours dans mes bras, et je la serrais un peu plus contre moi. Pour une raison que je ne m'explique pas, je sentais le besoin de protéger cette femme, de me faire aimer par elle. Je ne comprenais pas du tout ça, mais ça me plaisais. Peut-être que je voyais ainsi le moyen de rembourser la dette que j'avais pour elle. Ma... mutation en vampire semblait avoir changé beaucoup plus de chose que mon régime alimentaire et la sensibilité de mes sens. Je passais ma main dans les longs cheveux noirs de Calimna. Elle attendait toujours sa réponse, fronçant de plus en plus les sourcils, faisant réapparaitre la petite ride entre eux. Je lui souris et lui murmura à l'oreille :
- On verra ça plus tard, pour l'instant, j'ai un métier à apprendre.
L'idée de me faire médecin m'enchantait. J'avais lu, en visitant l'un des nombreux sites d'internet, qu'un vampire assimilait les informations à une vitesse prodigieuse. Et en effet j'avais pu le constater en apprenant tout ce qui avait eu lieu, et que j'avais manqué, pendant les 300 dernières années. Je déposais un baiser sur les lèvres entrouvertes de stupéfaction de Calimna avant de la défaire de mon étreinte et de m'emparer d'un livre traitant de la médecine.
Je fus amusé de constater qu'elle restait plantée là, avec un mélange de béatitude, d'étonnement, et de décomposition. Le son de mon rire résonnant dans la grande pièce sembla la ramener à la réalité. Elle me jeta un regard courroucé, ce qui me fit rire d'avantage.
- Il n'y a rien de drôle, tu dois prendre en compte le fait que...
Je m'étais rapprocher rapidement d'elle et avais posé un doigt sur ses lèvres. Je lui souris tendrement, j'avais peur de l'avoir effrayée avec mon geste soudain. J'attendis de voir si elle allait reculer ou autre, mais elle ne fit rien que de me fixer avec étonnement. Mon sourire s'élargit d'avantage, découvrant mes longues canines. Je me penchais vers elle effleurant le lobe de son oreille avec mes lèvres.
- Je ne l'oubli pas, je le mets simplement de coté.
- cesse de jouer avec moi Sven, tu ne me connais pas alors cesse de faire ce... ces choses.
Je la regardais sans comprendre. Qu'avais-je fait pour lui déplaire ? J'avais pensé que quand je l'avais embrassée, même si c'était pour avoir du sang et rien d'autre à ce moment là, ça lui plaisait. Je ne sais pas pourquoi, mais je pensais ne pas la laisser indifférente. Et me voila bien ridicule maintenant. Je m'éloignais d'elle et allais m'assoir sur une chaise à la table, prenant le livre et l'ouvrant.
- Je suis désolé, mais sache que je ne joue pas avec toi. Je suis sérieux.
Je l'entendis sortir de la pièce après quelques secondes d'immobilité. Je ressenti un pincement au cœur. Je me demandais ce qui pouvait bien causer cela à un cœur mort. Je commençais à lire ce manuel de médecine, orientant toutes mes pensées vers l'apprentissage de ce métier. J'espérais, pour une raison qui m'échappais encore, que sauver des vies effacerai, en quelques sortes, toutes celles que j'avais volées. J'avais l'opportunité de recommencer une vie depuis le départ, alors autant faire en sorte que celle-ci soit mieux que la première.
Je perdis la mesure du temps, c'est seulement quand mon champs de vision fut traverser par un bras à la peau blême et quand j'entendis la douce voix de Calimna que je fus de retour dans la réalité.
- Mange.
Je regardais son bras tendu en travers de mon champ de vision avant de tourner la tête dans une direction opposée.
- Non, c'est hors de question.
- Ca fait trois jours que tu éventres ma bibliothèque de tout les livres pour les lire. Tu n'as pas mangé depuis ce temps là. Mange.
Trois jours. Je ne m'étais pas aperçus que cela faisait si longtemps que je lisais. J'en fus déstabilisé. Mais je ne comptais plus jamais reboire de son sang. J'avais eu tellement de mal à m'en détacher la première fois, j'avais peur de ne pas pouvoir m'arrêter une seconde fois. Je gardais la tête tourné.
- bon très bien...
Elle s'empara d'un coupe-papier qui trainait sur la table et s'entailla le bras dans le sens de la longueur. La fragrance de son sang envahit mes narines. Ma gorge s'enflamma et je ne pus retenir un grognement à son attention. Je lui jetais un regard noir qui en disait long sur ce que je pensais de son geste. Je gardais mes poings serrés sur la table, ma mâchoire crispée. Je parvins à articuler quelques mots d'un ton brutal et froid.
- Je refuse de te faire du mal Calimna, éloigne toi pendant que j'arrive encore à me retenir.
Plutôt que d'écouter mes sages paroles, elle avança d'avantage son bras vers mon visage. Son sang ruisselait doucement et venait gouter sur les pages du livre ouvert devant moi. Je ne détachais pas mon regard d'elle. Ses yeux exprimaient une détermination infaillible. La peur de ne pas pouvoir m'arrêter m'empêchait de céder. Elle fronça les sourcils, je lui lançais un regard suppliant, elle était en train de me torturer. Finalement elle retira son bras de devant moi. J'en fus soulagé, cependant son parfum avait emplis la pièce et ma gorge était en feu. Je la vis porter son bras à ses lèvres, le sang les colorant un rouge pourpré. Je la regardais faire bouche bée. Je ne la vis pas venir, à mon plus grand regret. Elle vint plaquer ses lèvres contre les miennes, forçant l'entrée de ma bouche avec sa langue. Je ne pouvais plus lutter. Le gout délicat de son sang éclipsa toute ma détermination. Je l'embrassais violement avant de l'attirer contre moi et de me servir a son cou. Je pouvais sentir sa main caresser mes cheveux doucement. Je ne comprenais pas son geste. Voulait-elle achever sa non-vie ? Son sang coulait dans ma gorge atténuant lentement le feu qui s'y était propagé. Sa main glissa dans mon cou pour se poser sur mon torse, elle essaya de me repousser. Je la serrais un peu plus fort contre moi, continuant de m'abreuver de ce liquide divin.
- Sven, stop.
Sa voix était faible mais elle retenti en moi comme un hurlement. Je me stoppais et relâchais mais sur elle. Ses yeux étaient à moitiés fermer, je caressais doucement sa joue, lui demandant pardon, m'excusant mille fois. Elle me sourit et porta son doigt sur mes lèvres pour mettre fin à ma complainte. J'embrassais ces doigts avant de serrer sa main dans la mienne. Elle fit mine de vouloir se lever, mais je la retins contre moi, la regardant avec inquiétude. Elle plongea son regard dans le mien :
- Je vais bien, ne t'inquiète pas, tu t'es arrêté à temps.
Son ton était léger. Comment pouvait-elle être aussi insouciante, alors qu'il y a quelques secondes à peine j'étais sur le point de la tuer. Mon soulagement fit place à de la colère, et au lieu de la lâcher je la serrais contre mon cœur.
- Ne refait plus jamais ça, plus jamais tu m'entends ?
Elle me rendit mon étreinte, sa tête au creux de mon cou. Je caressais ces longs cheveux, m'enivrant de leur parfum doux et sucré. Elle quitta mon cou pour me regarder droit dans les yeux.
- Je ne peux quand même pas de laisser mourir de faim.
Un large sourire fendait son doux visage. Bien sur qu'elle le pouvait, elle ne le voulait tout simplement pas. Je caressais lentement sa joue, me perdant dans la nuit de ses yeux. Je me demandais pourquoi elle m'était venue en aide cette nuit là. J'étais un inconnu, et même un danger pour elle, alors pourquoi ne partait-elle pas ? Elle pouvait me mettre à la porte quand elle le voudrait, après tout elle était chez elle. Je me posais les questions à moi-même mais je ne pouvais pas y répondre, elle seule le pouvait.
- Pourquoi m'as-tu aidé l'autre nuit ? Pourquoi tu continues encore maintenant. Je ne suis qu'un étranger qui à débarqué dans ta... non-vie depuis quelques jours seulement. Pourtant tu fais tellement pour moi, je ne comprends pas.
Elle détourna les yeux puis se détacha de mes bras. Elle alla prendre place sur la chaise en face de moi, de l'autre coté de la table. Elle avait un air grave sur le visage, pourtant je décelais un certain malaise chez elle. Je pris ses mains dans les miennes et lui souris pour l'encourager.
- Ne ris pas s'il te plaît, me demanda-t-elle.
- Entendu, je ne rirais pas.
Je ne comprenais pas bien la raison de cette requête. Qu'allait-elle bien pouvoir me dire qui puisse susciter un rire de ma part. Je caressais le dos de sa main avec douceur attendant qu'elle ce livre à moi.
- J'ai rêvé de toi, du moment où on se rencontrait. Rien ne c'est passer comme dans mon rêve, mais c'était bien toi.
- Mais on ne dort pas. On a plus besoin de dormir, comment tu as pu rêver, je ne saisis pas.
Une fois de plus elle fuit mon regard. Je serrais doucement sa main dans les miennes pour l'inciter à continuer.
- Je... je regrette ma vie humaine. Je ne me détache pas de certaines habitudes anciennes. Même si je ne dors pas, je m'allonge et ferme les yeux, laissant mon esprit vagabonder. Je prends des douches aussi... même si c'est inutile. Je... je n'aime pas ce que je suis. C'est pour ça que je me nourris que de poches de sang volées dans les hôpitaux...
Sa voix s'éteignit. Bien sûr qu'elle n'avait pas choisit de devenir ce qu'elle était. Ca lui était tombé dessus, comme à moi. Nous étions devenus des monstres... Enfin moi je l'étais déjà avant... soudain je comprenais pourquoi j'avais fait tout ça jusqu'à maintenant, et pourquoi je voulais que ça change.
La porte s'ouvrit à la volé allant s'écraser contre le mur. Instantanément je me postais entre l'intrus et Calimna. L'homme en question était assez grand mais très fin. J'avais l'impression de pouvoir lui broyer le cou avec une seul main (je pense que ça aurai été possible). Il portait un gros carton qui lui cachait la vu. Je l'observais sans dire un mot. Calimna se leva et alla à la rencontre de l'étranger. Je la retins par la main en émettant un grognement d'avertissement.
- oh Cali, viens donc m'aider au lieu de me grogner, tu vois bien que j'ai du mal là.
Cali ? Je bouillais de colère. Qui était-il pour l'affubler de ce surnom ? Calimna s'avança vers l'homme et lui prit le carton des mains en lui souriant. L'homme se pencha sur elle et l'embrassa sur la joue. Je m'enflammais de rage, une envie meurtrière me dévorant les entrailles. Les poings serrés, la mâchoire crispée, et le corps raide, je pris sur moi. Il n'y avait rien entre elle et moi, à part.... à part rien, je n'avais aucune raison d'être jaloux.
- Cesse de faire ça Mika, tu sais très bien ce qu'il pourrait se passer si je dérapais.
- On s'embrasserait ? répondit l'autre sur un ton pensif, comme si il en rêvait.
- Arrête, tu sais ce que je veux dire. Je suis dangereuse pour toi, évite de rester trop longtemps dans le coin.
Cette fois je tremblais de rage. Je répétais sans cesse la même phrase dans ma tête, espérant me calmer « Elle n'est pas à toi ! ». Je regardais l'homme, le massacrant des yeux, m'imaginant l'éventrer sur place. Du sang giclant contre les murs, éclaboussant le visage de Calimna. Ces images, toutes droites sorties de mon fantasme morbide, eurent pour effet de déclencher une lente brulure dans ma gorge. Ne serai-je donc jamais entièrement rassasié ? Je regardais Calimna poser l'immense carton sur la table, écrasant le livre couvert de son sang. Elle se tourna vers l'homme dénommé Mika.
- Merci pour le sang, j'ai une dette envers toi.
Elle lui souriait. Et lui en faisait de même en retour, il s'embla réfléchir pendant quelque instant avant de parler.
- Ben justement en parlant de ça. J'ai un deal à te proposer.
Je vis le sourcil de ma compagne se soulever délicatement. Son visage exprimait une certaine réticence.
- N'y pense même pas. Tu connais ma réponse et c'est non.
Il se rapprocha d'elle, enlaçant doucement sa taille, il caressa sa joue. Ses lèvres à quelques millimètres des siennes.
- Tu sais ce que j'éprouve pour toi. Je veux être auprès de toi pour toujours rien de plus.
Tout devient clair pour moi à cet instant. Il était plus que certain que cet homme pourrait prendre soin de Calimna sans la mettre en danger par sa seule présence. Alors que moi, je faisais planer une épée de Damoclès au dessus de sa tête, et elle se rapprochait à chaque seconde. Sans émettre le moindre son, je griffonnais quelques mots sur un morceau de papier que je laissais choir sur la table. Je m'éclipsais, sortant de la pièce et de la maison sans avoir remué l'air autour de moi. Tout ce qui importait c'était sa sécurité et son bonheur. Et elle n'aurait jamais ça avec moi. Je fis mes adieux à Calimna dans ma tête tout en m'enfonçant dans les ténèbres de la nuit.
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