J’établissais déjà une stratégie, basée sur la longueur et la patience. Cela prendrai du temps, mais qu’importe après tout, j’avais l’éternité devant moi. J’allais rester à ses cotés. Apprendre autant qu’il serait possible d’apprendre de son savoir, et ce, jusqu’à ce que l’élève dépasse le maître. Je regardais mon nouveau tuteur en lui rendant son rictus malsain. J’allais devenir comme lui, une copie conforme… en apparence seulement.
« -J’ai perdu à la loi du plus fort, maître. Apprenez-moi, je ferai ce que vous m’ordonnerez. »
Son visage se ferma. Il me toisa de toute sa hauteur, jaugeant ma détermination. Je sentis son intrusion dans mon esprit, comme des milliers de petite fourmis qui me courraient sous le crane. Plutôt que de lui interdire l’accès à mes sombres desseins, Je les camouflais en pensant à un carnage dont je serai le centre. Un bain de sang dans lequel je me nourrirais aussi bien des cris que du sang. Mes pensés l’avait bel et bien détourné de son objectif, il s’y attarda, regardant mon rêve éveiller qui se formait au fur et à mesure dans mon esprits. Finalement, au bout de quelque instant, il se lassa de me voir déchirer la chair et d’assouvir tous mes besoin et plus sauvage. Il continua d’explorer mon esprit, j’avais bien caché mes plans dans un coin reculé. Il se baladait aux grés de mes souvenirs. Soudain, il visage d’une femme apparu, doux, souriant. Je restais figé dans mon massacre mental. Il regarda longuement le visage de Calimna. Puis il se retira de ma tête, me laissant un engourdissement dans le cerveau.
« Fils, tu t’es entiché d’une faible. Que tu veuilles une compagne pour régner sur ce monde, soit, mais une paysanne… »
Je le fixais, il parlait comme un souverain maintenant… Je me demandais à quoi il pouvait penser. Après avoir pris le temps de réfléchir à la question, je décidais de tenter de faire comme lui. M’immiscer dans son esprit, en restant le plus discret possible. Je pensais fortement à lui, tout en m’imaginant le plus petit possible. J’ai alors plongé dans un tourbillon de ténèbres. Happé dans un gouffre noir, l’air commençait à me manquer. Comme si je me noyais. Je voulu me retirer de son esprit, retourner dans ma tête et y rester seul. Je pensais très fort à Calimna, la douleur que j’ai alors ressentie m’a fait comprendre que j’étais de retour dans mon propre corps. Claudius se tenait devant moi, légèrement penché en avant. Son visage n’exprimait rien, un masque impassible. Je sentais une forte douleur au niveau du ventre, comme si de l’eau coulait en moi, froide, très froide. Je baissais les yeux sur mon abdomen. La scène se rejoua à l’intérieur de ma tête. Claudius m’avais sentis et il m’avait planté une épée dans le ventre. Le froid n’était autre que la lame. Il se pencha d’avantage sur moi :
« -N’entre plus jamais chez moi sans y être invité Sven. Ma patience à des limites… »
Je sentis mes jambes crouler sous mon poids et pour la seconde fois, je m’effondrais au sol. Je n’avais plus de force. Je ressentais le froid glisser en moi. Il retirait lentement sa lame. Ma vue commençai à devenir trouble. Je serrai les poings, il ne fallait pas que je perde connaissance. Je me sentais doucement glisser vers l’inconscient. Je discernais un souffle contre mon oreille :
« - Tu seras très affaiblis… mais pas mort… pas encore. »
Je n’ai pas entendu ses pas s’éloigner, car j’avais déjà perdu pied dans les abysses.
*
Mika m’avait une fois plus mise en rogne. Jamais il ne comprendrait mon attachement à lui, uniquement par égoïsme car j’aimais sa fragilité humaine que je n’avais plus. Alors que lui voulait la troquer contre une éternité… Finalement, c’est peut-être moi qui ne comprenais pas. A ce moment là, je n’arrivais plus à réfléchir, toutes mes pensées étaient tournées vers ce petit mot griffonné par une main agitée. Sven était partit. J’avais crû, à tors visiblement, que quelque chose s’était passé entre nous. Il était partit me laissant seule dans ce monde de nouveau en noir et blanc. Partit, avec les couleurs qu’il avait peintes le temps de quelques instants. De toute mon existence, je ne m’étais jamais sentie si seule.
Perdue dans mes pensées, je ne sentis pas Mika s’approchant dans mon dos. Le petit carré de papier toujours entre mes doigts, il n’eu pas de mal à le déchiffrer par-dessus mon épaule.
«- Un chien des rues, il a profité de toi pour reprendre des forces et peut-être plus… »
Le coup partit plus vite que je ne l’aurai cru. Et l’odeur qui s’en suivit m’enivra jusqu’à m’en donner le vertige. Cette odeur si familière, délicatement musquée, soudain tout me parut se passé au ralentit. Mika se tenait la joue, à travers ses doigts coulait ce breuvage délicat qui me rendait folle. Mon regard glissa le long de son bras et remonta jusqu’à hauteur de ses yeux. Ils me scrutaient, non pas emplis de haine comme je l’aurai pensé après un tel coup, mais plein de défis et de provocation. Il porta sa main couverte de sang à ses lèvres, sa langue glissant sur ses doigts pour en récupérer le liquide carmin. Je me figeais d’horreur. Qu’essayait-il de faire ? Voulait-il provoquer une nouvelle catastrophe ? Je n’aurai supporté pas de le voir de nouveau inanimé à mes pieds, mes lèvres couvertes de son liquide vital. Je tremblais de tout mon être sous l’effort d’une concentration intense. Pourtant je ne parvenais pas à détacher mes yeux de ce spectacle que je trouvais jouissif malgré moi.
«- Je vais mettre quelques mois avant de cicatriser complètement Cali. Ca fait un mal de chien en plus… »
Je restais tétanisée, il approchait de moi, ses fines lèvres délicatement souligné de rouge, ce rouge à la force si puissante. J’émis un grognement d’avertissement, je me retenais à la table désormais, mes ongles en labouraient la surface. Ses lèvres étaient de nouveau à quelques centimètres des miennes, je pouvais presque gouter le sang qui s’y trouvait. Je sentais mes défenses faiblir dangereusement lorsque qu’une douleur insupportable s’empara de mon être. Je m’effondrais au sol, ma vision troubler par la douleur. J’entendais à peine et plainte de Mika croyant que tout ceci était sa faute. La douleur s’amplifia d’un seul coup avant de doucement diminuer jusqu’à devenir supportable. Je me relevais péniblement, m’appuyant sur la table et me tenant les côtes. Je pris une poche de sang dans le carton et mordu dedans afin de m’abreuver du sang qu’elle contenait. Je déposais un baiser sur la joue de Mika en le tenant fermement par la gorge :
« - Ne t’avise plus jamais de jouer avec moi Mika, tu pourrais ne pas en ressortir vivant. Et je ne parle pas d’une quelconque transformation. Me suis-je bien faite comprendre ?
- O… Oui… »
Sa voix était étranglée par la pression de ma main sur son cou. Je desserrais ma prise avant de sortir de la pièce.
« - Je dois m’absenter. Ferme à clé derrière toi veux-tu ? »
Je n’attendais pas sa réponse et je m’engouffrais à toute vitesse dans les rues sombres. Si mon cœur pouvait encore battre, il n’aurai jamais battu aussi vite qu’à cet instant.